Tenir compte du patient dans le PPP

Issue #: 
2
Volume #: 
8
01/04/2008

M. St-Clair Armitage, nouveau directeur du projet Partenariats public-privé (PPP) du Centre universitaire de santé McGill, a été recruté en décembre 2007 pour superviser l’ensemble du processus PPP qui servira à concevoir, à bâtir, à financer et à maintenir la portion du campus Glen du projet de redéploiement du CUSM.

St. Clair Armitage

Avant son arrivée au CUSM, M. Armitage était directeur de l’Hôpital de Peterborough, au Royaume-Uni, où il a acquis plus de 10 ans d’expérience en PPP en dirigeant un projet de financement privé (PPP du R.-U.) de trois hôpitaux évalué à 670 millions $ dont le contrat a été achevé en juin 2007. Auparavant, il était directeur des soumissions pour un consortium répondant à un appel d’offres pour un hôpital universitaire de 1370 lits, l’University Hospital Birmingham, dont la mission est identique à celle du CUSM, soit les soins tertiaires, la recherche et l’enseignement – un projet d’environ 1,2 milliard de dollars. Titulaire d’un baccalauréat spécialisé en systèmes et gestion de la City University de Londres, M. Armitage a également été commandant de la Royal Navy, où il a participé au premier projet de PPP du Royaume-Uni dans le secteur de la défense.

M. Armitage a accepté de répondre aux questions de Perspectives santé sur les Partenariats public-privé, le processus PPP du CUSM et nos attentes concernant le campus Glen.

PS : Qu’est-ce qu’un partenariat public-privé?

SCA : Un PPP est un processus qui permet la construction, le financement et l’entretien de nouvelles installations de soins de santé par le secteur privé alors que l’établissement de soins conserve la propriété des installations et continue d’y fournir les soins cliniques. Relativement nouveaux au Canada, les PPP sont populaires depuis longtemps au Royaume-Uni où au moins 70 projets du genre ont été complétés.

Cependant, il est très important de souligner qu’un PPP est un processus; en d’autres mots, c’est un moyen d’arriver à ses fins. Et que sont ces fins? De meilleurs soins de santé. C’est aussi simple que cela.

Pourquoi le CUSM et le gouvernement ont-ils choisi une méthode PPP pour le campus Glen?

Pour un projet comme le campus Glen du CUSM, un PPP offre plusieurs avantages importants. Premièrement, il nous met dans une position fort avantageuse : avoir les meilleurs architectes et concepteurs en soins de santé se faire concurrence pour la conception de nos installations. Les consortiums concurrentiels voulant à tout prix décrocher le contrat, nous nous attendons à ce qu’ils nous soumettent des travaux créatifs, intelligents et novateurs; nous aurons alors la possibilité de choisir la solution qui convient le mieux à nos besoins.

Deuxièmement, un PPP transfère le risque associé à la construction, à l’entretien et au financement des installations au secteur privé. Dès que le consortium aura signé le contrat pour notre projet, il aura la responsabilité de livrer les installations en respectant les délais et le budget. En fait, comme le soumissionnaire ne reçoit pas un sous avant la fin des travaux, il y va de son intérêt de terminer à temps. De même, la qualité de la construction est assurée par le fait que le consortium sera chargé de l’entretien des structures pendant 30 ans.

Enfin, un PPP permet au CUSM et au gouvernement d’étaler les paiements sur toute la durée du projet. Pour ce qui est du financement, un PPP ressemble à une hypothèque; comme il serait difficile ou impossible pour la plupart d’entre nous d’acheter notre maison comptant, le PPP épargne au gouvernement l’obligation d’emprunter des fonds pour payer le projet en un versement. Ainsi, le calendrier de paiements est fixé au début, ce qui ga-rantit que les paiements mensuels resteront les mêmes pour la durée du contrat, à moins que le CUSM ne décide de modifier l’ampleur du projet.

Pourquoi ne pas faire appel à un PPP pour le campus de la Montagne?

En général, les PPP fonctionnent mieux quand il n’est pas question de rénover des installations existantes. Pourquoi? À cause de la prise en charge du risque par le consortium du secteur privé dont j’ai parlé plus tôt. Les soumissionnaires ayant la responsabilité de s’assurer que les installations répondent aux différentes exigences de l’hôpital et étant chargés de l’entretien des bâtiments, ils hésitent habituellement à se charger de projets pour lesquels la conception a trop de contraintes et l’âge des bâtiments peut être un problème. Pour le redéploiement du CUSM, il est donc logique d’utiliser un PPP pour le nouveau site de Glen et une méthode traditionnelle pour la rénovation et l’agrandissement du campus de la Montagne.

Avec deux méthodes de construction différentes, comment le CUSM veillera-t-il à l’application des mêmes normes pour la construction des campus Glen et de la Montagne et à l’harmonisation des deux concepts?

Depuis le début, et en dehors du processus utilisé pour les construire, les campus Glen et de la Montagne ont toujours été conçus comme deux parties d’un même projet de redéploiement. Les deux sites sont surveillés par une seule équipe de projet; le plan clinique et le programme fonctionnel et technique pour le nouveau CUSM englobent les deux sites; enfin, Yanai Elbaz, mon homologue chargé de superviser le campus de la Montagne, et moi-même faisons partie d’une même équipe de planification.

Je me répète, un PPP est seulement un processus pour vous amener là où vous voulez aller, exactement comme une méthode de construction classique. Notre objectif est le même pour les deux campus : offrir les meilleurs soins possibles à tous les patients du CUSM. Si vous visitez l’un ou l’autre de nos sites en 2015 ou en 2020, vous ne vous demanderez pas s’il a été construit par un PPP ou selon une méthode traditionnelle. Vous serez intéressé à recevoir des soins dans un environnement exceptionnel, ce qui est exactement ce que nous voulons créer pour les deux campus.

Quelles étapes doivent encore être franchies avant le début des travaux de construction?

Ayant choisi l’an dernier deux excellents consortiums pour soumissionner au projet, nous en sommes maintenant à finaliser les spécifications qui décriront en détail aux soumissionnaires ce que nous voulons des installations. Ces devis descriptifs doivent être extrêmement détaillés et tout couvrir, du nombre de personnes qui travailleront dans un bureau en passant par les exigences relatives à la température, à l’humidité et à l’éclairage de chaque espace clinique jusqu’au type d’équipement dont nous aurons besoin. Nous devons aussi indiquer comment le moindre détail doit s’agencer parfaitement dans l’établissement, quels espaces doivent être adjacents ou rapprochés et quels règlements de zonage et d’emplacement régissent les installations.

Vous pouvez l’imaginer, c’est un processus complexe, mais je me plais à dire que nous avons presque terminé, grâce à l’incroyable somme de tra-vail déjà abattu par le CUSM pour l’élaboration d’un excellent programme fonctionnel et technique et d’un plan clinique exceptionnel, et que nous prévoyons publier nos demandes de propositions (DP) vers la fin du printemps.

Ensuite, nous entrerons dans ce qu’on appelle la période d’ouverture des soumissions. Nous travaillerons alors en étroite collaboration avec les deux consortiums de manière à pouvoir choisir entre deux soumissions extraordinaires.

Comment notre collectivité peut-elle aider le CUSM pendant ce processus?

Premièrement, notre collectivité peut continuer d’appuyer le CUSM avec toute la générosité dont elle a toujours fait preuve. Quelle que soit la méthode utilisée pour compléter le projet, la philanthropie demeure un élément clé, car elle fait en sorte que nous n’aurons pas seulement des installations adéquates, mais des installations excellentes. Comme toujours, votre don à la campagne Les meilleurs soins pour la vie peut être affecté au secteur de votre choix : le PPP n’a aucune autorité en la matière.

Deuxièmement, et c’est tout aussi important, vous pouvez nous aider à répandre le message : l’objectif du projet de redéploiement est de fournir les meilleurs soins pour la vie. Simplement. Ce n’est pas une question de consortiums ni de contrats ni de calendriers de construction ni même d’édifices : c’est avant tout pour le bien-être des patients.