Dre Mimi Belmonte

Issue #: 
8
Volume #: 
3
01/07/2008
1926...

Dr. Mimi BelmonteAu milieu des années 1920, Montréal était une ville d’avenir pour la jeune Mimi Belmonte, enfant unique d’une mère canadienne-française et d’un père italien. Grandissant près de l’Université McGill, elle se promenait souvent le soir avec son père sur le campus bordé d’arbres. « C’est ici que tu viendras un jour », lui disait-il avec assurance. Cependant, à l’été de 1940, l’avenir est obscurci par la mort subite de sa mère. Un mois plus tard, l’Italie déclare la guerre à l’Angleterre et le père de Mimi est envoyé dans un camp d’internement. Âgée de 13 ans à peine, la jeune fille trouve refuge dans les études. Quand son père revient au bout de dix mois, elle est ravie. Près de 70 ans plus tard, le visage de la Dre Belmonte s’anime toujours autant lorsqu’elle parle de lui. « Il éprouvait de l’amertume d’avoir été envoyé au camp, se rappelle-t-elle. Et tout ce qu’il disait était : “Voilà ce qui arrive en temps de guerre”. »

Peu après leurs retrouvailles, son père l’inscrit à l’école secondaire pour filles où elle se découvre une passion pour la science. Un jour, son enseignante favorite lui demande ce qu’elle aimerait faire après le secondaire. Elle répond qu’elle veut être médecin, mais elle croit que c’est impossible puisqu’elle « est une fille ». Dre Belmonte sourit. « Me regardant droit dans les yeux, mon professeur féministe m’a dit très fermement : “Vous pouvez faire tout ce que vous voulez.” Je m’en rappelle, comme si c’était hier. »

Elle fréquente McGill pour ses études de premier cycle et travaille comme technicienne, pendant l’été, au laboratoire d’hématologie de l’Hôpital Royal Victoria. En 1952, Mimi Belmonte décroche son diplôme de médecine de l’Université McGill. C’est pendant son in-ternat dans le pavillon des enfants au Royal Victoria, sous l’oeil vigilant de la Dre Jessie Boyd Scriver, que naît son intérêt pour la pédiatrie, mais elle se souvient encore qu’elle « avait une peur bleue des petits bébés! » Elle entreprend sa formation en pédiatrie à l’Hôpital pour enfants malades de Toronto où le travail de la Dre Laurie Chute sur les enfants diabétiques l’inspire. Vers la fin de sa formation, une brève affectation à titre de résidente à la très réputée Clinique Joslin de Boston accentue son désir de se concentrer sur le diabète. Elle revient à Montréal, où elle réussit les difficiles examens du Royal College Fellowship en pédiatrie, et est ensuite affec-tée à plein temps à l’Hôpital de Montréal pour enfants.

Ne voulant pas se contenter de son travail à l’hôpital et ayant déjà aimé son expérience dans plusieurs camps d’été pour enfants at-teints de maladies chroniques, dont le diabète, la Dre Belmonte se donne pour mission de fonder le premier camp pour enfants diabé-tiques au Québec. En 1958, à l’aide de plusieurs endocrinologues de Montréal et d’une petite équipe de soignants, elle est en bonne voie de réaliser ce rêve. Cet été-là, on accueille 20 jeunes diabétiques au Camp Jackson Dodds, dans les Laurentides. Les enfants sont accompagnés de la Dre Belmonte, à titre de médecin du camp et de Dorothy Ainger qui, infirmière dévouée, restera au Camp Carowanis pendant un quart de siècle.

Dre Belmonte est récipiendaire de nombreuses distinctions, incluant le Prix Humaniste de l’année de la Fondation internationale du diabète juvénile et un Prix d’excellence de l’Hôpital de Montréal pour enfants pour l’ensemble de ses réalisations

Quatre ans plus tard, une propriété permanente est acquise sur les rives du lac Didi, à Sainte-Agathe-des-Monts : le Camp Carowanis était né. Selon le Dr Alan Ross, un des membres fondateurs, des milliers d’enfants ont vécu des étés merveilleux ici, « apprenant la natation et la voile, tout en apprenant à vivre avec leur maladie et avec les uns les autres ». Cette année marque le cinquantième anni-versaire du Camp Carowanis et la Dre Belmonte ne pourrait être plus fière. « Les semaines que j’ai passées au camp avec ces enfants sont les plus heureuses de ma vie. »

À la retraite depuis 1998, la Dre Belmonte demeure active : elle joue au bridge et suit des cours d’italien. Elle prend plaisir à voyager et à fréquenter ses amis et s’adonne régulièrement au bénévolat pour son église. Elle se tient aussi au courant des progrès du Centre universitaire de santé McGill et est particulièrement fière de la présence planifiée des Shriners sur le campus Glen. Bien qu’elle ne soit plus impliquée directement dans les activités courantes de l’hôpital, elle aide où elle peut. À preuve, elle fait un don planifié d’une as-surance vie à la Fondation du CUSM destiné aux plus grands besoins de l’hôpital. « Je n’ai pas d’enfants et n’ai jamais été mariée, dit-elle. C’est logique de donner en retour à l’établissement qui a tellement influencé ma vie. »

Dre Belmonte est récipiendaire de nombreuses distinctions, incluant le Prix Humaniste de l’année de la Fondation internationale du diabète juvénile et un Prix d’excellence de l’Hôpital de Montréal pour enfants pour l’ensemble de ses réalisations. En 1999, lors de sa nomination à titre de membre de l’Ordre du Canada, elle disait : « Mon père aurait été très fier. » Contente de recevoir cet honneur, elle s’empressait néanmoins de souligner que « beaucoup d’autres le méritent autant sinon plus que moi. C’est grâce à mes merveil-leux parents, à mes professeurs, à mes collègues et aux membres de ma famille que je suis ici. Je n’aurais rien réussi sans leur appui. » En faisant un retour sur une carrière qui a touché la vie d’un si grand nombre d’enfants, elle ajoute : « Le travail était dur, mais telle-ment gratifiant! »