Un homme et sa mission

Numéro: 
3
Volume: 
6
01/10/2006

Pour un homme qui occupe deux emplois à plein temps, le Dr Armen Aprikian a l’air remarquablement détendu. En fait, à peu près rien dans son comportement — et aucune indication sur la porte de son modeste bureau — ne trahit la récente nomination du Dr Aprikian, Chef de l’urologie du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), il vient d’être nommé au poste de directeur par intérim de la nouvelle Mission d’oncologie du CUSM.

Dr. Aprikian «Je n’occupe le poste que depuis quelques mois et je pense que je suis encore dans la phase lune de miel », répond avec sourire le Dr Aprikian à notre question concernant son apparente sérénité. « Nous sommes tous très emballés de la nouvelle mission des soins contre le cancer du CUSM car cette atmosphère d’optimisme et d’enthousiasme a permis que les défis de la mise sur pied d’une nouvelle unité administrative semblent relativement mineurs. »

Le Dr Aprikian en sait long sur les soins contre le cancer : chirurgien urologue chevronné, il a consacré une grande partie de sa carrière à la recherche de traitements novateurs du cancer de la prostate. Néanmoins, il a été très surpris lorsque Dr Arthur Porter, directeur général du CUSM, lui a demandé s’il voulait bien superviser la consolidation de tous les services liés au cancer dans un nouveau département d’oncologie, qui deviendrait aussi l’une des missions prioritaires de l’hôpital. « Franchement, j’étais sous le choc, dit le Dr Aprikian, mais j’ai accepté immédiatement parce que j’en connais l’importance pour le CUSM et je voulais y participer. »

Jusqu’au mois de mai de cette année, l’oncologie du CUSM n’était pas une entité distincte, et fonctionnait comme une division des départements de médecine et de chirurgie. Comme le Dr Aprikian l’explique, historiquement, c’était la norme pour les soins contre le cancer. Cela reflétait les diverses disciplines chirurgicales et médicales que chevauchait l’oncologie et le fait que — et cela était surtout vrai dans le cas des chirurgiens — les praticiens pouvaient tout autant traiter les patients non cancéreux. « Les gens semblent surpris que le CUSM ait désigné l’oncologie comme sa mission et son département aujourd’hui seulement, comme si nous étions en quelque sorte en retard sur notre époque, dit-il. C’est plutôt le contraire. Notre nouvelle mission d’oncologie nous place au même niveau que les établissements de santé les plus novateurs de l’Amérique du Nord. Le paysage des soins de santé est chamboulé; de nos jours, les soins contre le cancer monopolisent jusqu’à 30 pour cent des ressources d’un hôpital. Le CUSM reconnaît cette évolution et, au moment d’entrer dans le futur, s’efforce de mettre les soins contre le cancer à l’avant-plan de nos préoccupations. »

Rejoignant les six autres missions existantes, médecine, chirurgie, santé des femmes, pédiatrie, santé mentale et neurosciences, l’oncologie, septième mission du CUSM, est dès aujourd’hui un pilier des services de l’hôpital et une priorité pour les développements ultérieurs. Plus concrètement, l’oncologie aura le pouvoir de gérer son propre recrutement et de répartir son budget. Selon le Dr Aprikian, « nous aurons notre propre tarte et n’aurons plus à en négocier des pointes dans celles des autres. Nous pouvons engager exactement les cancérologues dont nous avons besoin et gérer nos ressources de la meilleure façon possible. » Le Dr Aprikian reconnaît de bonne grâce l’importance du soutien des chefs des départements de médecine et de chirurgie, les Dr David Eidelman et Dr Mostafa Elhilali, qui, sans hésiter, se sont montrés en faveur du changement en dépit de ses répercussions sur leurs propres budgets.

En fait et surtout, la création de la mission et du département d’oncologie permettra à tous les intervenants dans les soins contre le cancer — médecins, infirmières, professionnels et personnel — de se regrouper sous un seule égide pour préparer la création du Centre polyvalent d’oncologie, qui sera situé sur le campus Glen du CUSM redéployé. « Avoir tous les cancérologues travaillant en collaboration sous un même toit est réellement le meilleur scénario possible, poursuit le Dr Aprikian. Nous aurons la chance de travailler ensemble et à l’unisson, sans barrières physique et bureaucratique. En outre, les patients pourront voir leur oncologue, chirurgien, infirmière clinicienne spécialisée ou toute autre personne impliquée dans leurs soins sans avoir à se déplacer. Dans une perspective de recherche, nous pourrons collaborer plus facilement, partageant les idées et travaillant sur des projets multidisciplinaires sans avoir les complications de différents départements et sites. »

Au nouveau Centre polyvalent d’oncologie, les patients et leurs familles vont bénéficier de locaux à proximité des unités qui sont étroitement liées aux soins des personnes atteintes de cancer, comme le centre d’oncologie de jour, les unités de radiothérapie, de radiologie et de chirurgie, les sections de la santé des femmes et l’Institut de recherche. Les soins contre le cancer sont souvent complexes : ils impliquent de nombreux spécialistes, une pléthore de procédures de diagnostic et la surveillance de plusieurs divisions. Au nouveau centre, un patient pourra voir son oncologue pour un suivi, avoir un traitement par ultrason, recevoir de la radiothérapie dans le même édifice, tout cela, dans le meilleur des cas, le même jour. Pour les intervenants, cette proximité facilitera la communication et le suivi lorsqu’ils traiteront les mêmes patients. « Les cancéreux vivent un stress énorme, dit le Dr Aprikian. D’avoir à franchir de grandes distances entre les points de rendez-vous ne peut qu’exacerber leur anxiété et leur fatigue; ils ont donc ensuite du mal à communiquer clairement avec nous. »

« Notre nouvelle mission d’oncologie nous place au même niveau que les établissements de santé les plus novateurs de l’Amérique du Nord. »


En prévision du déménagement au nouveau Centre polyvalent d’oncologie, le Dr Aprikian a déjà créé un comité exécutif qui administrera la Mission de l’oncologie et les sous-groupes mis sur pied en fonction des sphères de spécialisation comme le cancer du sein, le cancer colorectal et la banque de données sur les tumeurs. « En raison de leur inestimable contribution aux soins contre le cancer au CUSM, nous avons aussi donné à l’Institut des Cèdres contre le cancer un siège permanent à la table », note le Dr Aprikian. Au cours des prochains mois, il va demander à chaque sous-groupe de soumettre une liste de besoins susceptible d’éclairer la direction pour l’allocation des ressources. Compilées et envoyées au CUSM, ces listes constitueront des services d’oncologie. « Nous investissons beaucoup d’effort pour parvenir à mettre en place les structures essentielles à la meilleure organisation, à la communication la plus efficace et à la prise de décision la plus correcte, dit le Dr Aprikian. D’ici l’an prochain, nous devrions avoir une idée plus nette de la situation des soins contre le cancer et de ce dont nous aurons besoin pour atteindre nos objectifs. »

Pour le Dr Aprikian l’un de ces objectifs est d’améliorer la recherche contre le cancer, et plus particulièrement d’augmenter la capacité des chercheurs du CUSM de mener des essais cliniques en oncologie. « Actuellement, de tous les hôpitaux du centre-ville, c’est le CUSM qui accueille le plus de personnes atteintes de cancer. Tant en termes de quantité que de qualité, je pense que nous faisons de l’excellent travail et prenons bien soin de la population. Toutefois, en tant que centre universitaire de santé, je crois qu’il nous incombe la responsabilité de faire en sorte qu’un plus grand nombre de ces patients participent à des essais cliniques. » Selon les explications du Dr Aprikian, les cancérologues du CUSM ont été les auteurs de quelques-unes des plus incroyables percées de la dernière décennie, de la découverte de gênes clés responsables du cancer du sein jusqu’aux premiers travaux importants sur les nouveaux traitements à effraction minimale et non effractifs pour le cancer de la prostate. « En disposant d’une plus grande marge de manœuvre pour les essais cliniques, nos chercheurs de calibre international ont réussi à tester leurs découvertes et à aller plus loin. Du même coup, nous sommes devenus une destination plus attrayante pour de nouveaux chercheurs talentueux. »

Les chercheurs en oncologie auront accès aux vastes installations de l’Institut de recherche du Centre de médecine novatrice du CUSM sur le site Glen, qui comprendra de grands locaux et des équipements pour tout, de la recherche scientifique fondamentale jusqu’aux essais sur les animaux et aux tests extensifs sur l’homme. En plus, le nouveau Centre de soins contre le cancer inclura une unité de recherche clinique où le personnel gérera les données provenant des patients participant aux projets de recherche, et disposera d’espace pour la précieuse et réputée banque de tumeurs du CUSM, une ressource précieuse qui donnera accès aux chercheurs à des milliers d’échantillons de tumeurs sur lesquels ils baseront leurs recherches. « Avec tous ces avantages, je prédis qu’au CUSM, la recherche en oncologie va réellement s’épanouir d’ici cinq à dix ans », dit le Dr Aprikian.

Que représenteront ces cinq ou dix années pour le Dr Aprikian lui-même? « Honnêtement, je n’en sais rien, répond-il en riant. Bien que mon rôle à titre de directeur par intérim soit de mettre en place les structures de la Mission de l’oncologie et de préparer le terrain pour le recrutement d’un directeur permanent, il se pourrait que j’aime trop ce travail pour vouloir l’abandonner… L’administration pourrait bien trouver ma candidature dans la pile au moment voulu. Il ne nous reste plus qu’à attendre. » Entre-temps, le Dr Aprikian a largement de quoi s’occuper et, en dépit de l’absence d’une affichette bien en vue à la porte de son bureau, il aura la satisfaction de savoir qu’il a joué un grand rôle dans la création de ce qui promet être l’un des premiers centres polyvalents d’oncologie au Canada.