Un lien hors du commun
De prime abord, il serait difficile de trouver deux femmes aussi différentes que Maryse Bertrand et Pierrette Wong. La première est native de Montréal, tandis que la seconde est originaire de l’île de Mauritius. Mme Bertrand est associée chez Davis, Ward, Phillips et Vineberg, où elle travaille depuis qu’elle a obtenu son diplôme en droit; Mme Wong, pour sa part, est une femme d’affaires indépendante dont les activités diversifiées vont de l’immobilier à la distribution de vêtements de mode. La détermination de Maryse Bertrand lui a valu de nombreux honneurs professionnels; en 2002, par exemple, la revue LEXPERT l’a reconnue comme l’un des plus importants juristes en droit des sociétés. Quant à Pierrette Wong, les Montréalais la connaissent autant pour ses activités de défense de l’intérêt public que pour son acuité commerciale.
Toutefois, en grattant un peu la surface, on peut constater qu’un lien solide unit les deux femmes, lien qu’elles partagent non seulement entre elles, mais aussi avec des millions de femmes à Montréal et autour du monde. Malgré leurs antécédents dissemblables et leurs cheminements diamétralement opposés, elles ont toutes deux connu la douleur et la difficulté de voir des femmes proches d’elles tomber malades. Mais elles ont aussi eu la chance d’observer les résultats positifs que peuvent produire des soins de grande qualité axés sur la femme. Fortes de leurs expériences, elles ont accepté de devenir coprésidentes de la campagne Les meilleurs soins pour la vie visant à recueillir 15 millions de dollars pour le secteur Santé de la femme du Centre universitaire de santé McGill.
« C’est une cause capitale pour toutes les femmes, jeunes ou vieilles, peu importe leur milieu, » dit Mme Wong. Mme Bertrand acquiesce et ajoute : « J’espère que cette collaboration démontre que les femmes peuvent et doivent travailler ensemble pour exiger le genre de soins de santé que nous méritons toutes. Nos expériences sont différentes, mais chacune de nous devrait se préoccuper du fait que nous avons besoin de services de grande qualité destinés spécifiquement aux femmes. »
Fortes de cette conviction profonde, Mmes Bertrand et Wong ont répondu à l’appel du docteur Seang-Lin Tan, chef de la mission Santé de la femme du CUSM, qui leur a demandé de codiriger la portion de la campagne Les meilleurs soins pour la vie dont le but est d’améliorer la santé des femmes. Pierrette Wong, qui avait rencontré le docteur Tan par l’entremise de connaissances communes dans la communauté chinoise de Montréal, sourit en décrivant sa réaction initiale à la demande du docteur Tan. « Pour être honnête, je n’étais pas certaine de vouloir le faire, dit-elle. J’ai tout de suite pensé “Pourquoi moi?” »
Malgré sa grande expérience de la philanthropie — sa famille a accordé un généreux soutien à la faculté de médecine dentaire de l’Université McGill — et une longue expérience de la collecte de fonds, à titre de membre du conseil d’administration de la Fondation de l’Hôpital chinois pendant 12 ans et de porte-parole pour des causes communautaires de grande envergure, comme l’habitation à loyer modéré dans le quartier chinois, Mme Wong s’est demandé si elle avait la compétence voulue pour représenter la mission Santé de la femme. « Je sais ce que c’est que d’avoir la responsabilité d’une campagne de collecte de fonds de plusieurs millions de dollars et je devais y réfléchir sérieusement. Quand je considère un projet de collecte de fonds, il est essentiel pour moi de croire vraiment à la cause. Après avoir sérieusement examiné la question, j’ai réalisé que les travaux du docteur Tan et de ses collègues me tenaient vraiment à coeur. J’ai maintenant atteint l’âge où je connais de plus en plus de femmes touchées par la maladie. Que ce soit dans ma vie personnelle ou en participant à différentes causes, j’ai entendu parler de tellement de femmes dans le besoin que je ne pouvais tout simplement pas refuser. »
Mme Wong ajoute que son expérience de la collecte de fonds lui a démontré l’importance de s’entourer d’une équipe solide pour assurer le succès d’une campagne ambitieuse. « Je ne connaissais pas Maryse auparavant, mais elle m’a impressionnée dès notre première rencontre. Mes rapports avec elle, les médecins, le personnel infirmier, les autres professionnels et le personnel associés à la mission Santé de la femme m’ont rendue encore plus confiante que nous pourrions atteindre la cible de 15 millions de dollars. »
Même si Maryse Bertrand partageait la prudence initiale de Pierrette Wong, elle a pris la décision d’accepter le défi du docteur Tan sur la base d’expériences plus personnelles. Premièrement, le diagnostic erroné et presque tragique livré à une membre de sa famille lui a rappelé clairement que les femmes ont besoin de spécialistes sensibles aux particularités du corps de la femme. « Ma tante, qui est comme une deuxième mère pour moi, se plaignait depuis des mois de nausées et d’une fatigue extrême, explique-t-elle. Aucun de ses médecins n’était arrivé à trouver ce qui n’allait pas. Puis, elle a consulté le docteur Sniderman au CUSM qui, après de nombreux tests, a découvert qu’elle souffrait d’une condition cardiaque potentiellement mortelle. » La tante de Mme Bertrand ne présentait aucun des symptômes habituels d’une maladie cardiaque, ce qui, comme les médecins le découvrent maintenant, est souvent le cas chez les femmes. Mme Bertrand ajoute : « Je suis vraiment reconnaissante que le CUSM ait eu des spécialiste de la santé de la femme qui savaient quoi chercher. Cela m’a rappelé combien il est important que les médecins voient les femmes de manière différente et ne les traitent pas simplement comme de petits hommes. »
Maryse Bertrand a elle-même bénéficié de l’expertise de la mission Santé de la femme du CUSM. Il y a quinze ans, quand le centre de fécondité de classe mondiale le plus proche était situé à Toronto, elle a dû s’y rendre à plusieurs reprises pour obtenir les traitements qui lui ont permis de donner naissance à son premier enfant. Par la suite, malgré son désir d’en avoir un deuxième, l’idée d’être obligée de faire une autre série de déplacements onéreux entre Montréal et Toronto l’a fait hésiter. Lorsqu’elle a discuté de ses préoccupations avec son médecin, le docteur Togas Toulandi du CUSM, il lui a dit que le CUSM venait tout juste de recruter un expert formé à Oxford et renommé dans la thérapie de la reproduction, le docteur Tan. Quand Mme Bertrand a demandé si elle pouvait recevoir ses traitements à Montréal, le docteur Toulandi lui a expliqué que malgré le talent extraordinaire de ses médecins et de son personnel infirmier, le CUSM ne disposait pas des 250 000 $ nécessaires pour mettre sur pied un centre de reproduction.
« Au début, j’ai été stupéfaite, se rappelle Maryse Bertrand. Je veux dire, la seule chose qui empêchait des milliers de Montréalaises comme moi d’obtenir des traitements de fécondité dans notre ville était, non pas des milliards ni des millions, mais 250 000 $? Et ensuite j’ai pensé “Pourquoi est-ce que je ne demande pas autour de moi pour voir si je peux trouver l’argent?” » Aussitôt dit, aussitôt fait. Elle a aidé à recueillir les fonds nécessaires pour fonder un établissement de renommée internationale, le Centre de la reproduction de McGill (CRM) du CUSM.
« C’était juste ma deuxième expérience en collecte de fonds, ajoute Mme Bertrand en souriant. Je ne suis pas une experte comme Pierrette! » Bien qu’elle ait continué à recueillir des fonds pour le CRM après son ouverture en 1996, la demande du docteur Tan a malgré tout été une surprise pour elle. Comme Pierrette Wong, Maryse Bertrand sait que la coprésidence d’une campagne de 15 millions de dollars représente une énorme responsabilité. « J’ai dû y réfléchir sérieusement après avoir parlé au docteur Tan. Mais Pierrette, Susan Drouin [directrice des soins infirmiers] et le reste de l’équipe m’ont vraiment impressionnée. En bout de ligne, j’ai réalisé que le CUSM et sa mission Santé de la femme m’avaient tellement donné que je ne pouvais pas refuser. »
Comme les deux femmes l’expliquent rapidement, leur enthousiasme inconditionnel pour la vision du docteur Tan en ce qui a trait à la santé de la femme au CUSM les a incitées à s’engager. Cette vision comprend une approche holistique et multidisciplinaire, qui aborde tous les aspects du bien-être physique et émotionnel de la femme, d’une manière non seulement sensible à son diagnostic médical, mais aussi à ses circonstances domestiques, politiques et socioéconomiques. En pratique, cette formule nécessite la création d’une équipe multidisciplinaire de classe mondiale, représentant des spécialités aussi diversifiées que l’obstétrique et la gynécologie, l’endocrinologie, la cardiologie, la psychiatrie et la gériatrie. Tous ces spécialistes doivent disposer d’installations qui encouragent la collaboration et permettent l’aménagement des plus récentes technologies biomédicales.
Le docteur Tan a réussi à rassembler un groupe d’experts accomplis, malgré les installations désuètes à l’Hôpital Royal Victoria du CUSM. Ces professionnels ont participé à un nombre impressionnant de réalisations internationales, dont les premiers bébés au Canada nés de femmes en hémodialyse et en dialyse péritonéale, et la naissance du premier bébé au Canada après la congélation des ovules. Ils ont aussi été des pionniers de la technique de maturation des ovules in vitro et de congélation des ovules pour préserver la fertilité des patientes qui reçoivent des traitements de chimiothérapie. Comme ces exemples le démontrent, les spécialistes de la santé de la femme du CUSM ont acquis une expertise particulière dans le traitement de l’infécondité, mais ils sont aussi reconnus pour leurs réussites dans la gestion des grossesses à haut risque, l’échographie obstétricale et le diagnostic génétique prénatal, la chirurgie à effraction minimale et l’oncologie gynécologique.
Le nouveau Centre de la santé des femmes au campus Glen comprendra des cliniques spécialisées vouées non seulement à un large éventail de problèmes traditionnels obstétriques, gynécologiques ou de reproduction, mais oeuvrant également dans des secteurs non traditionnels comme la cardiopathie chez les femmes, l’endocrinologie, la psychiatrie et les cancers de toutes sortes. Toutes les installations seront conçues de manière à ce que l’enseignement et la recherche se développent dans un contexte de soins compatissants.
Pierrette Wong est visiblement enthousiaste lorsqu’elle décrit ce que le nouveau centre signifiera pour les femmes de Montréal et de toute la province. « Le docteur Tan est un visionnaire. Quand il décrit ses plans pour le nouvel établissement, il est impossible de ne pas y croire. Pour moi, mes amies, mes filles et toutes les femmes ayant besoin de soins spécialisés, je pense que c’est extrêmement important. » Maryse Bertrand ajoute : « C’est un cadeau incroyable que nous pouvons donner aux générations futures. Je me considère chanceuse d’y participer. »
Quand on écoute les deux femmes décrire leur appui enthousiaste pour la mission Santé de la femme et la campagne Les meilleurs soins pour la vie, leurs différences superficielles semblent bien moins significatives que la cause qui les unit. « Notre santé n’a pas de prix, » dit Mme Wong, même si elle est d’accord avec Maryse Bertrand que si on doit attacher un prix à la santé de la femme, 15 millions de dollars sont un bon point de départ.
Le Centre de la Santé de la femme comprendra :
- Cliniques spécialisées en santé des femmes — obstétrique et gynécologie, douleur pelvienne chronique et préservation de la fertilité des femmes atteintes de cancer et des femmes ménopausées
- Cliniques pour la cardiopathie chez les femmes, les maladies du rein pendant la grossesse et les troubles psychologiques reliés à la santé des femmes
- Installations pour la médecine préventive pour les femmes en santé, les fausses couches à répétition, le dépistage du cancer du sein et des ovaires, les problèmes de la vulve, l’endométriose, la contraception chez les femmes à haut risque et l’ostéoporose
- un centre de diagnostic
- un centre de reproduction
- un centre de soins prénataux
- des services aux hospitalisés
- des salles de soins postnataux
- une pouponnière pour les nouveaux-nés en santé
- un département de gynécologie et d’oncologie
- le département de néonatologie à proximité
- l’enseignement et la recherche





