Le plan clinique du CUSM
Demandez aux collègues de décrire le Dr Tim Meagher, chef du développement clinique au Centre universitaire de santé McGill (CUSM), et vous découvrirez rapidement qu’il est d’humeur égale, très spirituel, doté d’une grande capacité de communication, d’un tact peu commun et d’une vive intelligence analytique. À cause de son allure décontractée et discrète, il se peut fort bien que vous n’entendiez pas parler aussi fréquemment de la détermination farouche du Dr Meagher. Et pourtant, c’est surtout cette qualité, combinée à toutes les autres, qui lui a permis de s’acquitter avec succès en sept mois seulement d’une tâche d’une complexité infernale et d’une envergure démesurée : créer et peaufiner le plan clinique qui guidera le redéploiement du CUSM.
Comme il l’explique, ce document d’apparence modeste renferme la clé de la définition du CUSM de l’avenir, distillant précisément ce qui se passera à l’intérieur des murs de ce centre universitaire de santé spécialisé et compétitif sur la scène internationale du XXIe siècle qu’on est à enfanter sur les campus Glen et de la Montagne. « Le plan clinique est un document qui décrit précisément les services de soins au patient, les activités d’enseignement et les plateformes de recherche que nous voulons offrir aux campus Glen et de la Montagne, explique le Dr Meagher. C’est un exposé détaillé de notre mission et l’expression de ce que nous entendons réaliser au cours des 10 ou 15 prochaines années. Bien qu’il s’agisse d’un travail épuisant, c’est, dans ce projet, l’une des étapes les plus stimulantes que nous ayons franchies à ce jour. »
Selon le Dr Meagher, l’idée d’élaborer un plan clinique pour le développement du CUSM n’est pas vraiment nouvelle. Bien sûr, le plus intense de cet effort récent répondait à une requête du gouvernement en juin de cette année, mais les idées sous-jacentes du plan mûrissaient depuis 2003, alors que le gouvernement annonçait que le redéploiement pouvait vraiment commencer. « Nos administrateurs, nos planificateurs et nos chefs cliniciens ont discuté pendant des années de ce qu’il faudrait inclure dans nos nouvelles installations. Aujourd’hui, avec un budget solide, un calendrier de construction bien établi et une meilleure compréhension de la vision globale du gouvernement concernant les soins de santé dans la province, nous pouvons transformer cette intuition créatrice préalable en un plan directeur clinique réalisable. »
Ce qu’on trouve au coeur de ce plan, c’est une conception complètement repensée de ce qu’est le CUSM. Dans le cadre de l’ambitieux projet du gouvernement visant à restructurer la prestation des soins de santé au Québec, le CUSM et l’Université McGill ont été désignés co-chefs de file d’un réseau qui englobe tous les établissements de santé à l’intérieur d’un territoire qui s’étend de la frontière des États-Unis jusqu’au Nunavut et du milieu de l’île de Montréal jusqu’à la vallée de l’Outaouais. Ce réseau dynamique, qu’on appelle le RUIS McGill (réseau universitaire intégré de santé), a été conçu de manière à ce que tous les Québécois aient accès aux bons soins, au bon endroit et au bon moment (pour plus d’information sur le RUIS McGill, voir le numéro d’avril 2005 de Perspectives santé du CUSM).
Pour le CUSM, le RUIS signifie concentrer ses énergies sur le genre de soins spécialisés, d’enseignement et de recherche avancée que seul un centre universitaire de santé peut offrir, tout en faisant en sorte que les autres établissements du réseau aient les ressources nécessaires pour offrir plus de services courants. « Avec le RUIS, la philosophie du gouvernement est que chaque Québécois bénéficie d’excellents soins de base près de chez lui. Quant aux soins plus sophistiqués, un centre régional sera en mesure de les offrir. Les patients qui nécessitent des interventions complexes et plus critiques trouveront dans les quatre centres universitaires de santé les soins tertiaires et quaternaires qui relèvent de leur vocation particulière. »
Le plan clinique consacre un chapitre à chacune des sept missions du CUSM (Médecine, Chirurgie, Pédiatrie, Soins contre le cancer, Santé des femmes, Santé mentale et Neurosciences), avec des sections portant sur la technologie, les services de soutien et la recherche. Le plan clinique permettra à chacune des sept missions du CUSM de décrire en détail les services hautement spécialisés dans lesquels elles excellent déjà aujourd’hui, les directions que prendront probablement leurs spécialités et les moyens qu’elles envisagent pour être le plus en mesure de relever les nouveaux défis. Les plateformes des activités interservices comme la technologie, la recherche et les services de soutien y sont également examinées avec soin. « Avant même que le système RUIS soit mis en place, plusieurs d’entre nous au CUSM pensions que la meilleure façon de servir notre communauté serait de nous transformer en un centre de santé fondé sur la recherche, comme l’Institut national de santé (NIH) aux États-Unis. Au NIH, où chaque patient est inscrit dans un processus de recherche clinique, la rapidité d’innovation et de découverte est incroyable. Ce n’est peut-être pas un modèle réalisable pour le CUSM, mais c’est le genre d’idéal auquel nos missions doivent tendre. Et pourtant, on ne pouvait, en même temps, oublier les besoins les plus urgents de nos patients, notre budget global et leur interaction avec les autres services et établissements partenaires du RUIS. Beaucoup de transpiration a imbibé ces pages ! » avoue le Dr Meagher en riant.
En dépit de l’effort intense et sérieux investi dans la production de ce plan clinique de 150 pages, en faire la lecture est une expérience intéressante. Au delà des statistiques détaillées, des tableaux chargés de données et des longues listes de services, ce qui se dégage de ces pages, c’est un sentiment d’enthousiasme tangible face aux possibilités de la médecine universitaire de soulager la souffrance. On y trouve aussi une confiance à toute épreuve en la capacité du CUSM à prendre les devants dans cette aventure. Bien qu’il soit impossible de résumer en quelques mots toutes les diverses stratégies et prédictions contenues dans le plan, certains thèmes apparaissent plus clairement au niveau des missions et des plateformes et ce qui en ressort, c’est un aperçu terriblement alléchant de la manière dont fonctionnera ce nouveau CUSM.
Le plan clinique permettra à chacune des sept missions du CUSM de décrire en détail les services hautement spécialisés dans lesquels elles excellent déjà aujourd’hui, les directions que prendront probablement leurs spécialités et les moyens qu’elles envisagent pour être le plus en mesure de relever les nouveaux défis.
Presque toutes les missions décrivent un besoin croissant de programmes interdisciplinaires centrés sur la maladie. Au lieu d’être renvoyés d’un spécialiste à un autre – imaginez une longue route allant du médecin au chirurgien, au diététiste, au travailleur social, à l’infirmière spécialisée, au physiothérapeute et aux autres professionnels de la santé – les patients seront évalués dès le départ par une équipe de soignants qui établiront leur programme de soins en collaboration et les suivront tout au long du traitement, jusqu’à leur rétablissement. Une patiente atteinte d’un cancer du sein, par exemple, sera vue dès son diagnostic par un groupe de spécialistes ayant chacun une expertise particulière de la maladie : radiologues, oncologues, chirurgiens, psychologues et même thérapeutes génétiques. En travaillant ensemble, l’équipe peut veiller à ce que le passage d’un stade du traitement à un autre s’effectue, pour la patiente, en douceur et sans délai; ses inquiétudes particulières – peur de la récurrence ou angoisse que ses filles aient la maladie, etc. – seront ainsi apaisées et prises en compte dans le plan de traitement; et les connaissances spécialisées cumulatives de l’équipe seront constamment mises à profit dans chaque circonstance.
Autre priorité de plusieurs missions, trouver de l’espace pour les hôpitaux de jour – des locaux de consultation externe contenant lits et équipement adaptés aux thérapies trop effractives ou trop complexes pour les cliniques ambulatoires conventionnelles. Dans ces espaces spécialisés, nous fournirons un niveau de soins, de confort et de supervision approprié aux traitements comme la chimiothérapie et la radiothérapie, sans toutefois devoir hospitaliser les patients.
Comme tout bon spécialiste en prospective vous le dira, la technologie est une dimension essentielle quand on planifie pour les décennies à venir. D’une part, toutes les missions du CUSM veulent avoir l’équipement le plus avancé et la flexibilité de s’adapter à des technologies jusqu’à maintenant insoupçonnées, d’autre part, elles veulent également créer des plateformes technologiques efficaces que les services et institutions pourront partager. Nous pensons ici, notamment, aux systèmes de renseignements cliniques qui faciliteront la transmission des dossiers des patients, des résultats d’analyse et autre information aux divers services et hôpitaux ; nous pensons aussi aux systèmes de télésanté qui donneront aux spécialistes du CUSM la possibilité de communiquer et même d’opérer à distance dans tout le RUIS; il y a, en outre, ces appareils d’imagerie médicale qui seront à la portée de plusieurs spécialités et aux technologies chirurgicales qui seront utilisées pour diverses procédures.
Bien que le CUSM accueille chaque année des milliers d’étudiants en médecine, en sciences infirmières et paramédicales, ses installations restreintes actuelles représentent un défi pour la logistique académique. Le plan clinique fait voir une volonté d’engagement renouvelé à réaliser le mandat d’enseignement du CUSM par son plan détaillé des installations où se dérouleront conférences et consultations, installations qui incluront des simulateurs pour les interventions chirurgicales complexes et qui auront également la capacité de diffuser dans d’autres locaux d’enseignement une retransmission vidéo des activités du bloc opératoire.
Enfin, pour vraiment devenir ce centre spécialisé de haut niveau que le Dr Meagher décrit, les missions se concentreront plus que jamais sur la recherche. Qu’il soit question de l’élargissement de la capacité des essais cliniques, de la construction de laboratoires ou de l’amélioration des ressources comme les banques des tissus tumoraux et les banques de données sur les patients, le plan clinique dépeint un CUSM où chaque patient pourra être à la fois source et bénéficiaire de nouvelles découvertes.
Maintenant que toutes ces idées ont été mises sur papier, qu’adviendra-t-il ensuite de ce plan clinique? Comme le Dr Meagher l’explique, le plan clinique et les aspects plus concrets de son frère jumeau, le Programme fonctionnel et technique (PFT), sont présentement à l’étude au gouvernement. « Je dirais que 80 % du plan est accepté et nous progressons bien pour le 20 % qui reste », dit-il. On prévoit recevoir l’approbation du gouvernement pour le plan clinique et le PFT au début de 2007.
Qu’entrevoit le Dr Meagher pour lui-même? « Eh bien, il reste pas mal de travail à abattre. Les négociations avec le gouvernement doivent d’abord aboutir; nous nous attaquerons alors au défi encore plus grand de collaborer avec nos missions pour que nous travaillions vraiment tous ensemble à réaliser ces conceptions. Ah oui! et ensuite, nous devrons concevoir le tout et lui faire voir le jour. » Avec un petit sourire ironique, il ajoute : « Ce n’est pas demain que je prendrai des vacances! »





