Nourrir les soins de santé

Numéro: 
1
Volume: 
8
01/12/2007

Manger est un acte que la plupart d’entre nous posons naturellement. Fondamentalement, c’est une nécessité quotidienne, une réalité. Au mieux, manger est une expérience véritablement plaisante, mais qui peut devenir une source d’anxiété et même de risque quand la santé d’une personne est compromise. C’est là qu’intervient la nutritionniste clinique : une professionnelle de la santé dont le travail consiste à gérer ce qui vous nourrit et non ce qui vous guérit.


Dans tous les sites pour adultes du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), la nourriture destinée à tous les patients pendant leur séjour est soigneusement surveillée par un des presque 50 membres du personnel des Services de nutrition clinique qui sont supervisés par Janis Morelli, la directrice. En dépit de la responsabilité inhérente à la supervision d’un domaine aussi vaste, Mme Morelli garde toujours le sourire et prend un plaisir évident à faire son travail, considérant la nutrition clinique comme « un lien naturel parfait » entre deux de ses passions : les soins de santé et la nourriture.

Montréalaise de longue date, Janis Morelli a été inspirée par la scène culinaire de renommée internationale de notre ville et par ses excellents centres de santé. Elle obtient son baccalauréat ès Sciences à l’Université McGill avec une concentration en diététique qui inclut une formation pratique à l’Hôpital général de Montréal et à l’Hôpital Royal Victoria. Après un bref séjour en Ontario en tant que diététiste clinique, Mme Morelli accepte un poste à l’Hôpital général juif où, par la suite, elle devient directrice de la nutrition clinique. À l’été 2003, elle voit dans l’ouverture du poste qu’elle occupe actuellement au CUSM « la chance de sa vie » et revient à son alma mater. Une partie de l’attraction était de joindre un établissement qui intégrait ses services nutritionnels pour adultes, en regroupant les anciens programmes indépendants de l’Hôpital général et du Royal Victoria en un seul département pour tout le CUSM. « C’était un moment intéressant pour revenir, dit Mme Morelli, et j’ai apprécié le défi d’aider à instaurer la nutrition clinique dans les hôpitaux où j’avais fait une grande partie de ma formation. »

Aujourd’hui, Mme Morelli supervise le travail de 25 nutritionnistes (aussi appelées diététistes) et de 22 techniciens en nutrition, une équipe très unie qui planifie et met en œuvre les programmes de soins nutritionnels de tous les patients. Cela peut aller du survol élémentaire des repas fournis aux patients dont le régime alimentaire n’est pas une préoccupation centrale, à la proche collaboration avec les médecins, les infirmières et autres soignants dans plusieurs cas où la gestion alimentaire est une question clé – quelques exemples : les patients souffrant de troubles gastro-intestinaux comme la maladie de Crohn, les diabétiques devant apprendre à gérer leur taux de sucre dans le sang par une diète et de nombreux cancéreux dont les médicaments rendent la tolérance alimentaire difficile.

Dès l’admission des patients, les nutritionnistes évaluent leurs antécédents médical et diététique, établissent leur présente capacité à manger et à digérer les aliments et collaborent ensuite étroitement avec les médecins pour décider d’un plan nutritionnel approprié. « L’un des grands plaisirs de travailler dans un si grand centre de santé universitaire comme le CUSM est de faire partie d’une équipe multidisciplinaire intégrée, dit Mme Morelli. Travailler aux côtés des médecins, des chirurgiens, des travailleurs sociaux, des pharmaciens, des physiothérapeutes et d’autres spécialistes est non seulement fascinant, mais c’est une garantie que tous les membres de l’équipe en retirent la compréhension la plus étendue possible de l’état de santé global d’un patient et peuvent faire des recommandations qui ont la meilleure chance de réussir. »

À la suite du développement conjoint du plan nutritionnel pour le patient avec l’équipe de soins, il revient à la technicienne en nutrition de le mettre en œuvre. Pour s’assurer que les patients suivent leur diète, nous devons les aider à effectuer sur le menu de l’hôpital des choix qui satisferont à la fois leurs goûts et les exigences de leur diète. Par exemple, si le plan nutritionnel d’un patient requiert des aliments faibles en potassium et qu’il commande un yogourt fouetté aux bananes figurant au menu, la technicienne interviendra : elle expliquera pourquoi ce yogourt fouetté pourrait être nuisible et présentera des suggestions de rechange. « Nos techniciennes sont des professionnelles dévouées qui essaient avec les patients de trouver un équilibre entre ce qu’ils aimeraient et ce dont ils ont besoin », dit Mme Morelli.

Bien que la fonction hospitalière des services de nutrition clinique se déroule souvent en coulisse, Mme Morelli souligne l’importance d’un élément du mandat de son équipe : l’éducation. En fait, le mandat d’enseigner d’un centre hospitalier universitaire fait partie de ce qui l’a incitée à revenir au CUSM il y a quatre ans et de ce qui l’a inspirée à retourner à l’Université McGill pour faire une maîtrise en éducation particulièrement centrée sur l’apprentissage des adultes et les soins de santé. « L’éducation des patients, des étudiants en nutrition et même d’autres professionnels de la santé représente une large part de ce que nous faisons, dit Mme Morelli. Je considère que c’est notre point fort et je peux honnêtement affirmer que, de quelque point de vue que l’on se place, nous le faisons extrêmement bien. »

« Comme nous le savons par expérience, faire les bons choix de nourriture est un défi. »


Une nutritionniste ou technicienne est d’accès facile à l’hôpital pour répondre aux questions et surveiller les repas, mais l’adhésion au plan nutritionnel prescrit devient la responsabilité du patient une fois de retour à la maison. Cela peut être un projet intimidant, c’est pourquoi approximativement 1800 patients par année rencontrent une des nutritionnistes du CUSM pour discuter de moyens qui les aideront à maintenir une nutrition optimale une fois la routine du quotidien retrouvée. Ces rencontres se déroulent dans les bureaux des nutritionnistes, une sorte de « classe » unique souvent remplie de nourriture en plastique, de bouteilles de vitamines, d’emballages vides d’aliments traités et de tableaux expliquant les principes d’un régime alimentaire équilibré. Mme Morelli explique : « Comme nous le savons par expérience, faire les bons choix de nourriture est un défi. Aussi, prenons-nous en considération l’état de santé, le mode de vie, la situation économique et la vie familiale des patients afin d’établir des plans fonctionnels pour chacun d’eux et leur apprendre comment intégrer ces plans dans leur vie de tous les jours. »

En plus de l’éducation du patient, l’enseignement aux étudiants et aux professionnels est une partie importante du mandat des nutritionnistes. Plusieurs membres de l’équipe Morelli donnent des cours de premier cycle à l’Université McGill et à l’Université de Montréal. Ils sont fréquemment sollicités pour enseigner les principes fondamentaux de la nutrition à leurs collègues d’autres départements du CUSM. « La nutrition adéquate ayant des implications dans presque toutes les facettes de la médecine, des soins contre le cancer à la gériatrie, en passant par la neurologie, les médecins, les infirmières et les autres professionnels nous demandent de leur transmettre l’information qui leur permettra d’aider leurs patients à gérer ces problèmes, explique Mme Morelli. Nous pouvons souvent prodiguer des conseils sur la façon de gérer la nausée ou d’encourager une personne âgée atteinte de démence à manger et expliquer comment certains médicaments peuvent affecter l’absorption des nutriments. »

Travaillant dans le contexte de la recherche intensive du Centre universitaire de santé McGill, Mme Morelli et son équipe participent également aux investigations cliniques destinées à établir des pratiques d’excellence dans le domaine et à hausser les normes des soins alimentaires. L’essai clinique multicentrique examinant si la glutamine et les suppléments antioxydants peuvent construire la masse de cellules somatiques et stopper l’émaciation ou l’amaigrissement chez les patients atteints du VIH et autres maladies est un projet particulièrement prometteur auquel les nutritionnistes du CUSM participent. Prouvée efficace, cette thérapie pourrait rendre la qualité de vie à des milliers de patients que la maladie laissait faibles et souffrant de malnutrition. Mme Morelli poursuit : « Ce sont des projets de recherche novateurs comme celui-là qui nous ont mis en vedette dans notre champ. Nous recevons fréquemment des appels d’autres hôpitaux parce que nous sommes vus comme une ressource crédible. Les gens veulent savoir ce que nous faisons au CUSM ». Cette expertise est mise en évidence dans la liste impressionnante de publications des nutritionnistes du CUSM, qui inclut le Enteral Nutrition Manual – A Practical Guide for the Clinician, un manuel largement utilisé par les étudiants en nutrition clinique des quatre coins du Québec dont la cinquième édition sera bientôt publiée.

Bien que nous ne le remarquions pas toujours, la nourriture que nous mangeons a une incidence profonde sur chaque aspect de nos vies. Et de même, bien que plusieurs n’en soient pas conscients, le travail de Mme Morelli et de ses collègues en nutrition clinique touche la vaste majorité des patients qui passent au CUSM. La surveillance systématique d’innombrables patients et l’éducation de milliers de patients, d’étudiants et de collègues professionnels confirment l’assurance de Janis Morelli qui déclare que « le travail fait en nutrition clinique atteint la vaste majorité de la communauté du CUSM ».