Financer l’innovation, financer l’avenir

Numéro: 
1
Volume: 
9
01/10/2008

« C’est fabuleux! » La réaction joyeuse du Dr Richard Cruess à l’annonce récente des 100 millions $ accordés à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (IR du CUSM) par la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI), est plus que communicative. « Cela dépasse mes rêves les plus fous », poursuit-il. Professeur de chirurgie au Centre de l’éducation médicale de l’Université McGill, membre du Conseil d’administration de la Fondation du Centre universitaire de santé McGill, membre du Conseil d’administration de l’IR du CUSM et ancien doyen de la Faculté de médecine de l’Université McGill du CUSM, le Dr Cruess contribue depuis plus de 40 ans au développement de ce que nous connaissons aujourd’hui : il a eu largement le temps de caresser de tels rêves. « Ce niveau de soutien envoie clairement le message que ce que nous essayons de faire au CUSM est approprié, dit-il. Il justifie tout notre travail. Les gens peuvent voir que la recherche menée ici aura une incidence positive sur la santé des Canadiens pour de nombreuses années à venir. »

Dr. PapadopoulosL’enthousiasme de Cruess est partagé par ses associés du CUSM et de l’Université McGill. Et à juste titre : cette subvention est l’histoire en marche en ce qu’elle représente la plus grosse somme que le FCI ait jamais octroyée à un seul établissement. Si on ajoute les 100 millions $ qui seront versés par le gouvernement provincial et les 50 millions $ qui seront récoltés auprès des donateurs à la campagne Les meilleurs soins pour la vie, 250 millions $ ont été en tout affectés aux nouveaux bâtiments du campus Glen, dont le Centre de médecine innovatrice (CMI) et le Centre de biologie translationnelle (CBT). On prévoit que ces derniers seront les établissements de recherche biomédicale les plus avancés au Canada. « Cette subvention représente une relance stratégique de la capacité de recherche de l’Université McGill et du CUSM, dit le Dr Elliot Phillipson, président et chef de la direction du FCI. Le projet, retenu suivant un rigoureux processus de sélection fondé sur l’évaluation par les pairs, fera en sorte que les chercheurs et étudiants des cycles supérieurs du CUSM aient accès à des installations de recherche et un milieu de formation de classe internationale. »

Crowd at the CFI Press ConferenceLe Dr Vassilios Papadopoulos, directeur de l’Institut de recherche et directeur exécutif adjoint de la recherche au CUSM, était responsable de la demande de financement à la FCI. À cet effet, il lui a fallu assembler un groupe de savants scientifiques et cliniciens afin de présenter une vision unifiée de recherche médicale exceptionnelle. « La proposition portait sur les gens plutôt que de s’attacher aux édifices », dit fièrement le Dr Papadopoulos, qui, pour l’avenir, prévoit un environnement dans lequel les chercheurs se concentrent sur ce qu’il appelle le « continuum de découverte » à travers la lentille du « continuum de la vie ». « Si aujourd’hui je me plains au médecin d’une douleur précise, je subirai une batterie de tests qui fournira une image instantanée de moi aujourd’hui. Mais si mon malaise se rapportait davantage à ce qui m’est arrivé il y a cinq ans? Le CMI et le CBT nous permettront de bâtir des bases de données et des biobanques qui nous donneront un tableau global de nos patients tout au long de leur vie, du berceau au tombeau. »« C’est tout à fait passionnant de songer aux découvertes qui émergeront dans les installations modernes conçues de manière à favoriser les collaborations et les synergies interdisciplinaires, qui forment la base de l’innovation scientifique ».
-Dr. Vassilios Papadopoulos


Comme l’indique la vision du Dr Papadopoulos concernant l’évolution de la médecine, ce projet déterminant changera la façon dont nous considérons la recherche biomédicale. Au cours des récentes décennies, les progrès en génétique, en technologie de l’information et en biochimie ont permis aux scientifiques de comprendre mieux que jamais auparavant les mécanismes de base qui sous-tendent plusieurs maladies mortelles. En embrassant les continuums de découverte et de vie du Dr Papadopoulos, les chercheurs de l’IR du CUSM repensent leur façon de travailler ensemble, d’impliquer les patients à chaque étape du processus de recherche et d’amener les nouvelles découvertes du laboratoire jusqu’au chevet des patients, voire plus loin.

Dr. Richard I. Levin, Dean of Medicine at McGillAu CMI et au CBT, les scientifiques du CUSM auront accès aux technologies de pointe, les chercheurs en maladies des adultes et des enfants travailleront côte à côte et les spécialistes des sciences fondamentales ainsi que les cliniciens d’un vaste éventail de disciplines partageront leurs idées et collaboreront sur des projets d’une manière nouvelle et productive. Leurs travaux reposeront sur plusieurs thèmes clés, organisés avec des zones de chevauchement comme celles que suggèrent les anneaux olympiques. Parmi ces thèmes, mentionnons : l’évaluation et l’optimisation de la gestion de la santé, l’innovation par la médecine informatisée, la cause des maladies prénatales et infantiles, les maladies infectieuses et l’immunité, la recherche translationnelle en maladies respiratoires, les études mixtes sur les métastases du cancer et la découverte de médicaments et de thérapeutique expérimentale.« Grâce à la FCI, souligne-t-il, notre plan visant à grouper nos chercheurs sur les campus Glen et de la Montagne de manière à jeter un pont entre la recherche biomédicale et la médecine clinique est assuré. La capacité d’innovation significative du CUSM s’est énormément améliorée. »
-Dr Arthur T. porter



En guise d’explication sur ce que cela signifie du point de vue des soins au patient, le Dr Papadopoulos donne un exemple du fonctionnement du thème de l’infection et de l’immunité au Centre de médecine innovatrice et au Centre de biologie translationnelle : « Lorsqu’il s’agit de maladies infectieuses comme le SRAS, le VIH/sida et le virus du Nil occidental par exemple, la mondialisation du risque, par les voyages, l’immigration et les changements écologiques, constitue l‘un de nos plus grands défis. Pour prendre des mesures contre les anciens fléaux, comme la tuberculose et la malaria, et contre les nouvelles maladies résultant de la mondialisation, nous devons mettre en place d’énormes banques de données qui nous donneront accès à des échantillons des microorganismes que nous pourrions avoir à combattre. Au CMI et au CBT, nous compléterons la création de la première Unité de vaccination (Vaccine Challenge Unit), en collaboration avec l’Université de Dalhousie. Elle nous permettra d’évaluer les nouveaux vaccins d’une manière différente et d’obtenir des réactions presque immédiatement perceptibles. C’est entièrement révolutionnaire. Au lieu de viser la transformation de la vie d’un seul patient, cette unité étendra son regard bien au-delà du présent en vue de sauver la vie de millions de personnes. »

Avec de telles percées réalisables dans tous les thèmes de l’IR du CUSM, l’avenir de la médecine regorge de potentiel. Le Dr Papadopoulos souligne que « nos chercheurs sont actuellement dispersés dans plus de 65 laboratoires, eux-mêmes situés dans des bâtiments vieux de 50, voire de 100 ans, lesquels imposent de lourdes contraintes sur leurs activités. Étant donné les réalisations impressionnantes de nos scientifiques et de nos cliniciens en dépit de ces conditions, c’est tout à fait passionnant de songer aux découvertes qui émergeront dans les installations modernes conçues de manière à favoriser les collaborations et les synergies interdisciplinaires, qui forment la base de l’innovation scientifique ».

Dr. Porter speaks at CFI press conferencePour le Dr Arthur T. Porter, directeur général et chef de la direction du Centre universitaire de santé McGill, la subvention de la FCI représente une reconnaissance nationale du haut calibre de la recherche qui caractérise depuis longtemps l’IR du CUSM. « Grâce à la FCI, souligne-t-il, notre plan visant à grouper nos chercheurs sur les campus Glen et de la Montagne de manière à jeter un pont entre la recherche biomédicale et la médecine clinique est assuré. La capacité d’innovation significative du CUSM s’est énormément améliorée. » Heather Munroe-Blum, principale et vice-chancelière de l’Université McGill, se réjouissait également de l’annonce de la FCI, observant que « McGill est au premier plan des découvertes médicales depuis près de 200 ans. Cette subvention importante appuie notre engagement à rester à l’avant-garde des découvertes médicales pour les futures générations de médecins, de scientifiques et de patients ».

Dr. Papadopoulos and a CFI representativeLes particuliers et les établissements ne sont pas les seuls bénéficiaires de la subvention de la FCI. Montréal, le Québec et le Canada devraient aussi en tirer grand profit. Le Centre de médecine novatrice et le Centre de biologie translationnelle du CUSM seront une plateforme de recherche biomédicale qui attirera plusieurs des meilleurs scientifiques du monde. Leur capacité à créer et à bénéficier des innovations n’aura pas seulement des avantages économiques pour tous les Montréalais, mais elle générera des retombées qui enrichiront le Québec dans son ensemble. En plus d’être une bénédiction extraordinaire pour le Centre universitaire de santé McGill, la subvention constitue également une invitation à passer à l’action pour le secteur privé, qui doit amasser les 50 millions $ requis pour financer le reste du projet de 250 millions $. « Faire un don à l’Institut de recherche par l’intermédiaire de la campagne Les meilleurs soins pour la vie, observe le Dr Papadopoulos, nous inclut dans ce rêve. Ce don signifie que nous jouerons tous un rôle dans le développement de nouveaux traitements qui seront bons pour nous, pour nos enfants et nos petits-enfants, et ce, pendant bien longtemps. »

Pour le Dr Cruess, la subvention de la FCI donne un nouvel élan au projet de redéploiement du CUSM. « À l’heure actuelle, dit-il avec fierté, l’Institut de recherche est une organisation incroyablement productive sur de multiples sites. Le déménagement dans les nouvelles installations du campus Glen rapprochera les chercheurs tant les uns des autres que des activités cliniques. Nous jouissons déjà d’une excellente réputation à l’échelle internationale. Je crois que ces changements nous rendront encore plus forts. »

Photos: Owen Egan.