Les femmes et les maladies cardiaques

Les docteures Stella Daskalopoulou et Louise Pilote, internistes et chercheures au Centre universitaire de santé McGill, se spécialisent dans le traitement des femmes atteintes de troubles cardiaques. Nous leur avons demandé de nous expliquer ce qui rend le cœur de la femme si spécial. Elles nous ont également présenté certains des plus récents traitements s’adressant spécifiquement aux femmes.

Que sait-on à propos des femmes et des troubles cardiaques?
Dr. Louise PiloteLP : La chose la plus frappante qui ressort des plus récentes études est que les femmes sont plus susceptibles de mourir d’une maladie cardiaque. Plusieurs personnes croient à tort que les femmes ne meurent pas de crises cardiaques. Cette notion est complètement révolue; nous voyons même des femmes développer des troubles cardiaques alors qu’elles sont plus jeunes.
SD :
En vieillissant, les femmes rattrapent les homme très rapidement et on observe une incidence plus élevée des maladies cardiaques. Une femme de 80 ans est tout aussi susceptible d’avoir une crise cardiaque qu’un homme du même âge.

Quels sont les signes, les symptômes et les traitements?
Dr. DaskalopoulouSD : Une femme qui souffre d’une crise cardiaque aura les mêmes symptômes qu’un homme : douleur à la poitrine, aux épaules ou à la mâchoire. La différence se trouve au niveau des symptômes ressentis avant la crise cardiaque. La douleur à la poitrine est un signe avant-coureur habituel pour un homme pendant qu’il s’adonne à une activité physique. Les femmes à risque n’éprouvent toutefois souvent aucun inconfort lorsqu’elles font de l’exercice. De plus, les maux de tête, les indigestions ou la fatigue peuvent précéder un tel incident, mais une femme peut croire que de tels inconforts sons sans importance, ignorer ces symptômes et croire qu’il ne s’agit que d’une simple indigestion. Il ne faut cependant pas croire que n’importe quelle douleur est un symptôme d’une crise cardiaque. Seulement, si cet inconfort est hors de l’ordinaire et ne peut être expliqué, vous devriez voir votre médecin sans tarder.
LP
: Les traitement s’adressant exclusivement aux femmes sont présentement en développement et font partie des projets sur lesquels nous travaillons, ici au Centre universitaire de santé McGill. Les traitements actuels sont très efficaces pour les hommes, mais nous ne pouvons présumer que les femmes réagiront aux médicaments de la même façon que les hommes. Par le passé, la grande majorité des essais cliniques ont été réalisés presque exclusivement sur des hommes. Nous tentons présentement d’équilibrer les choses.

Qu’est que les femmes peuvent faire pour se protéger?
SD : Les recommandations classiques demeurent les meilleures : ne fumez pas et conservez une alimentation équilibrée. Ce sont là les meilleures choses que vous puissiez faire pour vous prémunir des maladies cardiaques. Certaines femmes peuvent être génétiquement prédisposées à développer des maladies cardiaques, mais les mêmes conseils s’appliquent à toutes les femmes. Si vous mangez de façon saine et que vous évitez la cigarette, votre risque de développer une maladie cardiaque est grandement diminué.
LP
: Les femmes doivent aussi être conscientes que, bien qu’elles sont exposées aux maladies cardiaques, elles font également partie de la solution. Présentement, nous observons une recrudescence de l’obésité chez les enfants et les femmes jouent un rôle fondamental dans leur alimentation. Un style de vie sain doit être une affaire de famille. En tant que mère de cinq enfants, dont quatre filles, je dois définitivement faire ce que j’enseigne si je veux que mes enfants soient en santé lorsqu’ils seront grands.

Comment le CUSM établit-il la norme en matière de santé cardiaque pour les femmes?
LD : Certaine des meilleurs spécialistes au pays travaillent ici, et Stella fait maintenant partie de ce groupe. Son expertise en biologie vasculaire est un ajout de taille au département de médecine interne du CUSM. Elle contribue aussi de manière significative au projet GENESIS, qui est financé en partie par la Fondation des maladies du cœur. À titre de chercheur principal, je dirige l’équipe GENESIS, un projet pan canadien sur les déterminants comportementaux, environnementaux, biologiques et génétiques des maladies cardiaques. Ce projet vise entre autres à mieux comprendre le développement, la présentation, le processus de traitement et les résultantes associés aux maladies cardiaques. C’est un projet emballant qui ne fait que commencer.
SD : Je suis très heureuse d’avoir été recrutée par le CUSM. Nous installons présentement mon laboratoire et j’y effectuerai certains des essais cliniques pour GENESIS. Nous y rencontrerons des femmes qui ont déjà souffert ou qui sont à risque de souffrir d’une maladie cardiaque. Nous travaillerons avec elles afin de mieux définir les symptômes et de développer des traitements. C’est très excitant et nous avons beaucoup d’espoir. Essentiellement, nous cherchons à comprendre pourquoi les femmes développent des maladies cardiaques et pourquoi elles sont plus susceptibles d’en mourir que les hommes. Nous nous concentrons sur les femmes et sur les réponses.

Pour en savoir plus sur le projet GENESIS, visitez www.genesisteam.ca